Vacci360 au Tchad : quand la donnée devient un outil de justice vaccinale

Au Tchad, environ 16 % des enfants n’ont jamais reçu la moindre dose de vaccin. Cette situation ne résulte ni d’une absence de vaccins ni d’un manque d’engagement des équipes de santé. Elle s’explique plutôt par l’inadéquation des outils de planification existants face aux réalités du terrain : des villages rendus inaccessibles selon les saisons, des populations nomades en constante mobilité, et des zones où les cartes disponibles ne reflètent plus fidèlement les dynamiques locales.

Ces enfants sont qualifiés de « zéro-dose ». Les communautés auxquelles ils appartiennent partagent une caractéristique commune : leur invisibilité persistante dans les systèmes de planification. D’une campagne de vaccination à l’autre, les mêmes lacunes se reproduisent, faute d’outils capables d’anticiper et d’identifier ces zones avant qu’elles ne deviennent critiques. C’est précisément ce défi que Vacci360 vise à relever.

Un lancement ancré dans le leadership national

Le 2 avril 2026, à N’Djamena, le Ministère de la Santé Publique et de la Prévention du Tchad a officiellement lancé la phase pilote de Vacci360, une plateforme de micro-planification vaccinale développée par le consortium Community Innovation Hub (CIH) et GDI Advisors, avec le soutien de la Fondation Gates et en coordination avec le RISP, l’OMS et l’UNICEF.

Ce lancement ne correspond pas à l’introduction d’un outil exogène imposé à un contexte local. Il s’inscrit au contraire dans les priorités stratégiques nationales, notamment la Stratégie Nationale de Vaccination 2026–2030 et le Plan de Développement Accéléré 2025–2027 du Tchad, qui placent l’équité vaccinale et la souveraineté numérique en santé au cœur de leurs objectifs.

Le projet est piloté par la Direction de la Lutte contre la Maladie, des Vaccinations et de la Santé Environnementale (DLMVSE), garantissant ainsi que les équipes de santé tchadiennes occupent une position centrale dans sa mise en œuvre.

Ce que Vacci360 fait concrètement

Vacci360 ne se substitue pas aux professionnels de santé ni à leur capacité décisionnelle. Il constitue plutôt une couche analytique avancée qui s’intègre au système national de données de santé (DHIS2), afin de rendre exploitables des informations jusqu’alors fragmentées, complexes ou sous-utilisées.

La plateforme repose sur quatre modules principaux :

Accessibilité géographique.
Vacci360 modélise les temps de trajet réels vers chaque localité en tenant compte des variations saisonnières. Cette approche permet d’identifier en amont les zones difficilement accessibles, évitant ainsi les lacunes découvertes tardivement lors des campagnes.

Optimisation des micro-plans.
Les itinéraires des équipes mobiles sont générés automatiquement sur la base de données réalistes, réduisant les déplacements superflus et le temps de préparation. Des calculs autrefois longs et manuels peuvent désormais être réalisés en quelques minutes.

Prise en compte des populations mobiles.
Dans un contexte marqué par d’importantes communautés nomades, Vacci360 intègre des indicateurs de mobilité permettant d’identifier des fenêtres opportunes de vaccination. Cette approche est encadrée par des principes éthiques stricts visant à protéger la vie privée des populations concernées.

Aide à la décision par intelligence artificielle.
Un assistant conversationnel permet aux responsables de santé d’interroger des ensembles de données complexes en langage naturel, facilitant ainsi l’identification des priorités, des itinéraires praticables et des populations non couvertes.

Trois provinces, des réalités contrastées

La phase pilote se concentre sur trois provinces prioritaires du RISP : le Hadjer Lamis, le Kanem et le Lac, caractérisées par des disparités vaccinales significatives.

Les données de couverture du vaccin Penta3 illustrent la diversité des défis :

  • Hadjer Lamis — 51 % : niveau de couverture faible, contraintes géographiques et saisonnières marquées
  • Kanem — 62 % : territoire étendu, population dispersée, accessibilité limitée
  • Lac — 80 % : couverture relativement élevée, mais persistance de poches de populations zéro-dose, notamment dans les zones de mobilité pastorale

Pour chacune de ces provinces, Vacci360 adapte ses analyses au contexte local, illustrant ainsi le potentiel de la micro-planification intelligente à fournir des solutions différenciées et contextualisées.

Portée stratégique pour Community Innovation Hub

Pour Community Innovation Hub, Vacci360 incarne une conception de la technologie comme levier d’équité plutôt que comme finalité en soi. Comme le souligne l’équipe :

« Vacci360 ne se substitue pas à la prise de décision des équipes de santé. Il vise à synthétiser des informations complexes afin de soutenir des décisions éclairées en faveur de la survie de l’enfant. »

La problématique des enfants zéro-dose au Tchad ne relevait pas d’un manque de vaccins, mais d’un déficit systémique en matière de planification, de visibilité et d’accès au dernier kilomètre. Vacci360 a été conçu pour répondre à ces enjeux structurels, en étroite collaboration avec les acteurs de terrain.

La phase pilote s’étend de mars 2026 à mars 2027. Les enseignements qui en seront tirés devraient permettre d’évaluer le potentiel de ce modèle fondé sur l’analyse géospatiale, l’intégration aux systèmes nationaux et le renforcement de l’expertise humaine, pour une réplication à plus grande échelle, au-delà du Tchad.

Pour en savoir plus sur Vacci360 et les programmes de Community Innovation Hub : www.communityinnovation-hub.org
Contact presse : Aminata Talla — aminata.talla@communityinnovation-hub.org

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